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AAA français : pourquoi Fitch et Standard & Poor’s ne sont pas d'accord sur la note de la France

Si Fitch est moins sévère que Standard and Poor's avec les dettes des pays occidentaux, notamment la France, ce n'est pas tant parce qu'elle est détenue par un Français que parce sa stratégie est plus attentiste que celle de l'agence américaine, qui colle aux perceptions des investisseurs.

AAA français : pourquoi Fitch et Standard & Poor’s ne sont pas d'accord sur la note de la France

La dégradation de la France par Standard & Poor’s ce vendredi 13 janvier 2012 est historique puisque, depuis la renaissance de la notation souveraine dans les années 1980, notre pays avait toujours réussi à conserver son triple A auprès des trois grandes agences (Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s). Ce "downgrade" n’a surpris personne : il avait été soigneusement préparé par l’agence et anticipé par les investisseurs. En revanche, cette annonce peut susciter certaines interrogations à la lumière des déclarations faites par Fitch le 10 janvier 2012. Rappelons que cette dernière agence avait alors affirmé, trois semaines après avoir mis la France sous perspective négative, qu’elle n’envisageait pas de dégrader sa note en 2012. La question se pose : pourquoi cette divergence ? 

Une explication a souvent été avancée. L’agence Fitch aurait "tendance à surnoter" la France car elle est détenue majoritairement par le groupe Fimalac, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière. Fitch serait donc mue par un "réflexe patriotique". Cette analyse est un peu courte selon moi. Les travaux que j’ai réalisés sur les notations souveraines (en particulier à mon ouvrage A Century of Sovereign Ratings, Springer, New York, publié il y a quelques semaines) me conduisent à d’autres réflexions et à d’autres conclusions.

Depuis que Fitch est redevenue un acteur majeur de la notation il y a quinze ans, les changements de notes les plus marquants et les plus significatifs ont été l’œuvre de Moody’s (augmentation générale et massive des notes des Etats d’Europe centrale sur le point d’entrer dans l’Union européenne en 2002, passage de la Russie en investment grade en 2003) ou de Standard & Poor’s (passage du Brésil en investment grade en 2008, dégradation de la Grèce en speculative grade en 2010, dégradation des Etats-Unis en 2011).

L’agence Fitch s’est régulièrement montrée plus attentiste, voire "suiveuse". Cette stratégie, qui lui a permis de limiter la "procyclicité" de ses changements de note (le fait qu'ils suivent le même cycle que l'économie réelle) et d’éviter les foudres des régulateurs et des hommes politiques, est aux antipodes de celle de Standard & Poor’s. Les opinions de l’agence américaine collent, elles, beaucoup plus à la perception du risque souverain des investisseurs et sont donc plus sévères en période de crise financière, ce qui a pour effet d’exaspérer les acteurs publics. En avril 2010, c’est Standard & Poor’s qui est sous le feu des critiques des dirigeants européens pour avoir dégradé, en l’espace de vingt-quatre heures, les notes de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. En août 2011, c’est aussi elle qui doit accepter sans broncher les remontrances de l’administration américaine qui vient de balayer d’un revers de main l’annonce de la dégradation des Etats-Unis.

La stratégie de Fitch a un prix : elle l’empêche d’être la première agence qui identifie un risque de défaut. Néanmoins, elle lui permet de se développer et de gagner des parts de marché sans "faire de vagues".

http://www.atlantico.fr/decryptage/aaa-francais-pourquoi-fitch-et-standard-poors-divergent-266678.html

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